J’étais debout sur le balcon et j’observais le monde qui se déroulait tel un tapis de rêve sous mes yeux. Des cris et des hèles retentissaient de toutes parts et le soleil commençait à colorer ma peau. La nuit avait été plus rude que les autres car plus froide et le lit conjugal était désespérément vide. Il était parti là-bas, peut être pour toute la vie, croiser le fer avec les barbares tels qu’on aimait à les appeler. Il était dans ses montagnes au loin ou alors déjà mort pour une cause pécuniaire. Il n’aura même pas eu d’héritier. Ce petit bonhomme qu’il désirait tant, ce petit combattant dont il avait parlé avec tant de ferveur…
Je serais déclarée veuve, on me courtisera, j’en épouserais un autre qui mourra à son tour. Car leur vie n’est pas éternelle à ces fiers petits soldats, ils tombent comme des mouches, on les aplatit d’un coup d’épée ou de gloire. Et moi je suis observatrice d’une telle débâcle, et moi je ne suis que passive dans une guerre de fous.
Car les hommes sont fous par ici, ils se construisent pour mourir de leur apprentissage, ils grandissent pour l’envie et l’honneur de périr dans une mare de sang. Mais celui-ci je crois l’aimer. Enfin, « aimer » est un bien grand mot pour de si petits hommes…
Est-ce que l’amour peut exister ? Je n’en sais rien car moi-même je ne suis pas grand-chose…


